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Une surface dévastée par un ouragan offre de grandes quantités de bois mort. Cependant,
tous les troncs se trouvent simultanément dans un stade de décomposition
identique. Pour les espèces peu mobiles la continuité de bois mort dans
le temps n'est pas assurée. Photo: Ulrich Wasem (WSL) |
Depuis l’arbre moribond jusqu’à son humification, le bois, en tant que matériel organique, se transforme sans cesse, en passant par différents stades de décomposition. Les ressources qu’il fournit, en terme de nourriture et d’habitat, ne sont donc pas permanentes pour les espèces qui en dépendent : les habitats disparaissent et doivent être remplacés par d’autres.
De nombreuses espèces saproxyliques sont adaptées à des conditions
physico-chimiques particulières d’un certain stade de décomposition et à des
conditions environnementales précises. Elles doivent donc être en mesure de
trouver de nouvelles ressources afin de pallier aux changements inhérents de
ces dernières.
Les coléoptères saproxyliques illustrent à eux seuls la nécessité d’une grande diversité de stades de décomposition et de formes de bois mort (sur pied, au sol, ensoleillé, humide…). Alors que les larves de certaines espèces sont des spécialistes du bois fraîchement mort, d’autres trouvent leur habitat dans le bois déjà très décomposé. Pour qu’une communauté d’organismes saproxyliques puisse se développer, il est donc essentiel que tous les stades de bois mort soient toujours présents en quantité suffisante dans un massif forestier ou dans un périmètre accessible aux espèces qui en dépendent.
Les vieux arbres et le bois mort ne sont pas des habitats permanents. Les vieux arbres finiront par tomber et le bois mort se décompose avec le temps. Or, la présence continue, dans le temps et dans l’espace, de vieux arbres et de bois mort est nécessaire pour le maintien à long terme des espèces saproxyliques. Ceci implique un apport permanent de très vieux arbres et de nouveau bois mort pour compenser les pertes dues à la décomposition. Depuis des siècles, l’exploitation des forêts a interrompu cette continuité inhérente aux forêts naturelles. Seuls quelques rares forêts européennes peuvent se targuer d’avoir pu la maintenir.
La continuité temporelle du bois mort peut être décrite à l’aide d’un profil de bois mort construit à partir des volumes de bois mort correspondant aux différentes classes de décomposition (voir figure 1). Le temps de résidence du bois mort dans les classes de décomposition augmente avec la décomposition du bois. Il y a donc une accumulation dans les classes de décomposition avancées. Cependant la présence de bois mort dans toutes les classes de décomposition souligne la continuité de cette ressource. En cas d'événement extrême, par exemple lors d'un ouragan, le profil de bois mort peut être considérablement modifié.
Une surface dévastée par un ouragan tel que Lothar en 1999 offre certes de grandes quantités de bois mort pour les espèces saproxyliques. Cependant, tous les troncs se trouvent simultanément dans un stade de décomposition similaire et l’apport de nouveau bois mort n’est plus garanti pour de nombreuses années. Une telle surface n’est donc pas l’objet idéal pour la conservation des espèces saproxyliques.
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Figure 1 - Exemple de profil de bois mort dans un massif forestier comptant 70 m3 de bois mort par hectare. |
La survie à long terme d’une population d’organismes saproxyliques dépend de la capacité des individus à migrer vers de nouveaux habitats lorsque les conditions nécessaires ne sont plus garanties pour leur développement. Elle dépend également des échanges entre les populations d’une même espèce. Ceux-ci évitent une dérive génétique due à la consanguinité et permettent la recolonisation de sites abandonnés suite au manque momentané d’habitats adéquats ou suite à l’extinction locale des individus (maladie, reproduction insuffisante…).
C’est pourquoi, en matière de conservation de la biodiversité saproxylique, la distribution spatiale des vieux arbres et du bois mort est un facteur essentiel. Les habitats et ressources indispensables devraient être accessibles aux organismes en fonction de leur capacité de dispersion. La création de réseaux écologiques* afin de connecter les populations permet la conservation des espèces à l’échelle de métapopulations (définition voir encadré).
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Amadouvier ancien (Heterobasidion annosum) Photo: Robert L. Anderson, USDA Forest Service, Bugwood.org |
Réseau
écologique…
Système
d'habitats connectés entre eux par des corridors écologiques. Ces liaisons
fonctionnelles permettent aux populations d’espèces de se disperser et de se
reproduire entre elles et assurent ainsi le flux d’individus et de gènes.
Corridor
écologique…
Élément de liaison
fonctionnel entre les différents habitats des espèces, permettant à ces
dernières de se déplacer.
Métapopulation
Groupe de
populations d’une même espèce séparées spatialement les unes des autres et qui
interagissent entre elles.
La mobilité des espèces saproxyliques varie énormément d’un taxon à l’autre, voire même au sein d’un même taxon (différence mâle/femelle). Ainsi, les oiseaux ou les chiroptères sont capables de se déplacer sur des kilomètres. Certains coléoptères, comme les scolytes, sont également très mobiles, alors que l’Osmoderme (Osmoderma eremita), un autre coléoptère, ne parcourt généralement que quelques dizaines de mètres. Certains groupes sont dotés de capacités étonnantes ! Ainsi, l’Amadouvier ancien (Heterobasidion annosum), un champignon parasite des vieux arbres, peut se déplacer sur plusieurs centaines de kilomètres grâce à la propagation de ses spores par le vent. Les réseaux écologiques doivent donc être adaptés aux capacités de dispersion des espèces cibles.
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L’exemple du Pique-Prune (tiré de Vignon, 2005)
L‘Osmoderme est un coléoptère vivant dans les cavités à terreau des vieux arbres au sein desquelles la larve se développe durant 2 à 4 ans. Sa vie adulte dure ensuite de 15 jours à 2 mois au cours de l’été. Uniquement 15% des adultes quittent leur cavité. La dispersion est très limitée : elle se réalise couramment sur quelques dizaines de mètres avec des maxima observés de presque 200 mètres. Une cavité
abritant des larves d’Osmoderme peut déjà constituer l’habitat d’une
population, alors qu’un ensemble d’arbres à cavités colonisés par cette espèce
et distants entre eux de quelques dizaines à centaines de mètres constitue
l’habitat d’une métapopulation d’Osmoderme. Osmoderme
ou Pique-Prune (Osmoderma eremita) |
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Figure 2 - Capacité de dispersion des organismes saproxyliques. Source : Bouget & Gosselin, 2005 (modifié). |
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Bocage
de la plaine de Bresse Photo: G. et R. Venet |
Pour les espèces saproxyliques, la forêt n’est pas la seule composante d’un réseau écologique. Le bocage, les vergers, les haies ou les parcs des villes sont autant de relais entre les populations. Dans certains cas, ces habitats ont même remplacé ceux de la forêt, devenus trop peu nombreux.
Le bocage est un agro-écosystème dans lequel les champs et les prés sont enclos par des haies ou des rangées d’arbres formant un réseau très dense. De plus, les bocages présentent des conditions favorables au développement des espèces saproxyliques : ils sont composés d’arbres taillés, caractérisés par la présence de cavités au niveau de la tête de l’arbre (arbre têtard). Ces arbres sont souvent bien exposés au soleil, ce qui favorise le développement de nombreuses espèces xero-thermophiles (espèces préférant un environnement chaud et séchard).
Les vergers hautes-tiges jouent également un rôle de relais entre les massifs forestiers. Les vieux arbres à hautes tiges sont caractérisés par la fréquente présence de cavités, ce qui leur confère une valeur toute particulière en terme d’habitat.
En Suisse, depuis le milieu du 20ième siècle, 80% des vergers hautes-tiges ont disparu. Mais à l’heure actuelle, de nombreuses actions sont menées afin de redonner sa place à ce milieu utile à plus d’un titre (voir liens ci-dessous). Le bilan pour les vergers de ces 30 dernières années est cependant encore négatif. Plus de 2 millions d’arbres fruitiers ont disparu en Suisse durant cette période (hautes et basses tiges confondues) (d’après Landschaft unter Druck, 2007).
Dans les villes, les arbres citadins sont généralement conservés pour leur valeur patrimoniale. L‘age des arbres citadins peut donc dépasser celui des arbres en forêt ou la plupart sont exploités. De plus, les conditions de croissance en milieu urbain font apparaître des signes de sénescence plus précocement qu’en milieu forestier: des sols pauvres et compactés, un espace limité pour les racines, un manque chronique d’eau et d’éléments nutritifs, une concentration souvent élevée en sel, un air relativement pollué. Les arbres citadins sont donc devenus un moyen important pour la conservation d’espèces saproxyliques en dehors de la forêt.
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Taille
d'arbre en têtard Photos: Thomas Reich (WSL) |
Verger hautes-tiges |
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